image
image
image
image

HISTORIQUE DU MOUVEMENT SPIRIDON

Cette histoire n'est pas l'histoire de la course sur route ni l'histoire de la revue Spiridon, c'est celle des associations de coureurs sur route, enfants si l'on peut dire de la revue Spiridon, dans leur marche vers une unité toujours refusée. Ces associations constituent d'ailleurs un phénomène exceptionnel dans le cadre sportif français. Déjà, la course sur route majoritairement non affiliée, apparaît comme une anomalie, mais une anomalie légale à partir du moment où le législateur ayant défini les limites du sport institutionnel: tout ce qui est en dehors de ces limites appartient au monde sportif non institutionnel. Il n'y a là rien d'illégal. Alors, quand en plus des sportifs non licenciés, individuels, individualistes, se groupent en association, il y a là un non sens que les tenants de l'orthodoxie, les pouvoirs publics, ont du mal à accepter encore maintenant. Il ne faut pas oublier que la course sur route n'est pas née en 1970. Elle existait bien avant. Signalons pour mémoire le marathon de Paris en 1896, pendant de celui d'Athènes avec 280 coureurs au départ. Puis les épreuves se multiplièrent, diverses et originales. C'était l'époque des défis à la résistance humaine. Souvenons nous des marathons de la danse illustrés par le film "On achève bien les chevaux". La première guerre mondiale n'arrête pas ce mouvement. J'ai eu connaissance de 6 jours courus entre les deux guerres dans un casino niçois. Un cadet était au départ! La seconde guerre mondiale sonne le glas de telles épreuves. Mais comment ne pas évoquer le nom des deux plus grands champions que la France ait connu et qui fréquentèrent la route... Jean Bouin au début du siècle n'hésitait pas à battre le macadam avec succès. Et Jules Ladoumègue, qui fut remarqué par un entraîneur à l'œil averti alors qu'il remportait les courses de village dans la région bordelaise. Sans parler d'El Ouafi vainqueur du marathon des J.O. d'Amsterdam en 1926 ou de l'arlésien Emile Pujazon vainqueur du cross des six nations qui n'hésitait pas à mettre les pieds sur le macadam.

Quel est donc l'élément qui déclenchât la renaissance des courses sur route ? La victoire de Mimoun à Melbourne ne provoqua aucune réaction. Est-ce la première édition du marathon de Neuf Brisach en 1971 ou des 100 km de Millau ? Est-ce le fameux championnat de France de marathon en 1974 au Creusot, couru dans des conditions inhumaines, chaleur torride, profil accidenté, qui envoyait les coureurs à l'abattoir? La réaction des survivants fut à la hauteur des risques qu'ils avaient encourus. La parution en 1972 de la revue Spiridon constitue néanmoins l'élément majeur de cette renaissance. Il n'y avait à l'époque que la revue Miroir Sprint, revue omnisports qui consacrait annuellement une édition spéciale intitulée "Les miroirs de l'athlétisme" qui ne contait que les exploits de la piste et des champions. Fondée par Yves Jeannotat, journaliste à la Gazette de Lausanne et Noël Tamini , voilà une revue qui apportait un souffle nouveau dans le paysage sportif. Bien que vendue sur abonnement, Spiridon fut une révélation qui se propageât rapidement dans le milieu sportif. Son format inhabituel, la richesse de ses photos, la qualité de ses articles séduirent immédiatement, mais c'est surtout le nouveau concept d'un sport ouvert à tous, sa pratique hors du temple qu'était le stade, la prise en compte et en considération du pratiquant de base qui déclenchât un séisme dans le panorama sportif traditionnel. En fait, tout partit de ce moment et même si par la suite, comme dans toute chose, des évolutions modifièrent, altérèrent le souffle de ses débuts, il ne faut pas oublier le rôle essentiel de la revue Spiridon dans l'essor des courses sur route en France et en Europe.

Les choses s'accélèrent et comme dans chaque abonné il sommeille un organisateur, les épreuves se multiplient et certaines deviendront des "classiques" de la course sur route. Se créent alors des associations se réclamant de la revue, un peu à l'image de ce qui s'était passé pour la revue féminine ELLE, ou pour la radio RTL, les amis de RTL. Il arrive que des vecteurs d'information deviennent le support d'auditeurs ou de lecteur qui se retrouvent en eux.

Mais quelles étaient les différences, la nouveauté par rapport aux épreuves de la première moitié du siècle? La mixité des pelotons constitue à mon avis la différence fondamentale. Le caractère de masse vient après, car comment comparer la centaine de participants des premières éditions des classiques avec les milliers de maintenant ? Quant à la participation des non-licenciés à ces épreuves, elle est aussi difficile à comparer car au début du siècle les fédérations n'étaient encore qu'à leurs balbutiements! Il faut noter néanmoins l'éventail plus large concernant l'âge des concurrents et c'est la vision hétéroclite de ces pelotons qui surprit de même que l'image du coureur s'entraînant en ville à n'importe quel heure qui commence à s'installer dans le paysage urbain.

En 1974 naquit le Spiridon Club de France. Encouragé par Noël TAMINI, un groupe de pionniers, en majorité de la région parisienne, décidèrent de fonder le Spiridon Club de France. La cotisation est de 20F et l'abonnement à la revue Spiridon est obligatoire. En 1975 le SC France compte 500 adhérents et parallèlement se créent des Spiridons régionaux ( 12 en 1975) Et là se situe une erreur de marketing de Tamini qui n'instaure pas dès le début comme une charte, une convention, un contrat entre les Spiridons Clubs et la revue mère. La création de ce Spiridon de France est intéressante mais n'a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs, et cette association a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Les difficultés de communication et d'information avec les adhérents se posent rapidement. Comment collecter les informations de la province alors que la majorité des membres du bureau se trouve à Paris? Comment intéresser l'adhérent de province avec un calendrier des épreuves parisiennes ? Le soutien des Spiridons régionaux s'avère indispensable. Le nombre d'adhérents progresse: 700 en 1976, 800 en 1977. Jean Roure lance un appel pour que soit établi un organigramme et réclame l'autonomie des spiridons régionaux. En juillet 1977, la crise éclate au sein du bureau; querelles de personnes, rivalités commerciales.

Le 24 juillet 1977 à Mende, la dissolution est prononcée. Guy Jouvenelle, secrétaire, révèle l'opposition de Tamini à la création d'une revue COURIR qu'il voulait lancer comme bulletin de liaison. On voit poindre dans cette déclaration l'attitude ambiguë du fondateur de Spiridon dans ses relations avec les Spiridons régionaux. Seul, le SC Bretagne maintient l'obligation de l'abonnement à Spiridon pour ses adhérents. Avec la disparition du SC de France qui occultait un peu les Spiridons régionaux, ces derniers reviennent figurer dans la revue Spiridon. On en compte 18 en 1979, 20 en 1980, 25 en 1981. En 1978 apparaît dans le revue Spiridon les 6 points qui définissent ce qu'on appelle 'L'esprit Spiridon". En 1979 Tamini, qui commence à connaître quelques difficultés financières, évoque une possibilité de vente de sa revue par les SC régionaux avec des conditions particulières. Seul le SC du Languedoc répond à cette timide proposition qui révèle les premières difficultés financières de la revue. Mais il faut croire que l'idée d'unir les spiridons régionaux n'a pas disparu. En 1979, à Millau création d'un comité national de fond pédestre sur route. Plusieurs spiridons y participent mais cette initiative est sans lendemain.

En 1982, création de la Commission nationale des courses sur route dans laquelle des non licenciés, mais compétents, figurent sous la présidence de Jean Prévost mais en 1985 la FFA veut reprendre les choses en main, rejette toutes les propositions de la commission et fait le ménage: exit Jean Prévost et les autres. Entre temps, la FFA avait nommé pour un temps un sauteur en hauteur à la commission! En 1984, Tamini adresse une lettre, une mise en demeure, aux spiridons régionaux indiquant qu'il leur retirait le droit de s'appeler "Spiridon" si la moitié de leurs membres n'est pas abonné à sa revue. Lettre maladroite s'il le faut qui provoque le changement de nom du spiridon du Lot en Libres Foulées du Lot. En juillet 1984 Tamini revient sur sa demande mais maintient la demande de communication de tous les membres des associations. L'existence d'un document précisant dès le début, la nature des relations entre les spridons régionaux et la revue mère aurait évité pareil incident.

En 1985 Spiridon se transforme en Foulées. La liste des SC régionaux disparaît de la revue. Plus aucun lien ne les réunit. L'expérience Foulées s'interrompt en décembre 1986 et dans le nouveau Spiridon la liste des SC régionaux réapparaît en 1988 sans compter les associations qui ne portent pas le nom de Spiridon mais qui leur ressemble. A l'initiative de Jean-François Ciglie, le 10/11/87 a lieu la 1° rencontre Spiridon à Drumettaz-Clarafond; rencontre où chaque représentant d'associations ( une quinzaine) expose les activités et il en restera une photo-souvenir. Mais il y avait parmi les présents Albert Castagnas du Tarn et Garonne qui se propose d'organiser la suivante.

Et le 30 avril 1988 près de 17 spiridons régionaux se retrouvent à St Nicolas de la Grave pour la 2° rencontre Spiridon. Formidable organisation d'Albert Castagnas. Les débats sont menés de main de maître par Claude Barthez et l'on note déjà la vive opposition de J.C Moulin à la constitution d'une structure nationale. D'autre part Tamini se préoccupe surtout de la vente de sa revue. La rencontre se termine par la mise en place d'une commission chargée d'organiser dans tous les sens du terme la 3° Rencontre qui se déroulera à Uriage le 15 avril 1989. Cette commissions se compose de Castagnas, Dufaud et Pastorelly. Elle a un an devant elle et malgré l'éloignement de ses membres, il n'y a pas encore Internet, cette cellule travaille et arrive même à se rencontrer chez Jean Roure en novembre 1988. Elle élabore petit à petit la conception d'une structure nationale car sa volonté est de faire de la prochaine rencontre une rencontre de décisions. Rejetant la forme fédéraliste (pyramidale) elle opte pour une forme que certains ont appelé "atomique"; Un noyau central autour duquel gravite LIBREMENT les électrons constitués par les Spiridons qui délègue un représentant au noyau central qui est un organe de réflexion, de discussion, de représentation, d'orientation, mais dans lequel chaque spiridon conserve son indépendance. Ce noyau est appelé MOUVEMENT SPIRIDON et le projet fut alors adressé à chaque spiridon avant la rencontre. Aucune autre proposition de structure de la part des spiridons régionaux ne fut présentée.

Elle était naïve cette commisssion! Elle ne s'attendait pas à l'opposition qui la guettait ou alors au danger que cette structure allait représenter. Et si certains venaient à Uriage pour construire, d'autres venaient pour détruire. Le SC du Languedoc , pro FFA, en tête Tamini ensuite qui prétendait détenir le monopole du mot Spiridon et qui jugeait inutile une telle structure. Et puis un spiridon avait amené dans ses bagages le sieur Godbillon, membre de la commission nationale qui dans un discours lénifiant "nous sommes de la même famille, rejoignez la FFA plutôt que d'être divisés, ensemble nous ferons avancer la course sur route" participa à la démolition du projet. Devant cette opposition les propositions de la cellule furent vite balayées et le fiasco fût général. Rien ne fût voté et tout le monde se séparât dans la plus grande confusion.

Comme un symbole, la relation de cette rencontre parût dans l'ultime numéro de Spiridon ! Seule l'idée d'une prochaine rencontre fut adoptée et François Gaillard du Cantal s'en chargeât pour 1990 mais elle n'eut pas le succès des deux précédentes. Des statuts furent déposés en 1991 sous la forme d'une association loi de 1901. On était loin des souhaits d'originalité exprimés à St Nicolas de la Grave et des intentions exprimées alors. La 5° rencontre à CHAR par le SC Ile de France et la 6° à Lyon en 1992 par les Cheminots marquèrent un rapprochement avec la FFA par la demande d'obtenir un siège à la commission nationale, demande appuyée par M. Godbillon qui réussissait là son opération séduction. Le mouvement s'éteignit ensuite petit à petit pour disparaître en 1996. Avec la création de l'Association Nationale des Courses Pédestres Hors Stade quelques spiridons se retrouvèrent en son sein, mais cela n'interdit la renaissance du Mouvement Spiridon qui a encore son rôle à jouer dans le monde de la course sur route.

Aussi quand en 2001, Pierre DUFAUD relança l'idée d'une nouvelle rencontre entre les spiridons, il reçut de l'ensemble des associations un accueil favorable. Et c'est ainsi que le 19 octobre 2002, une quinzaine de spiridons se retrouvèrent dans le décor enchanteur de Chichilianne sur les plateaux du Vercors, au pied du Mt Aiguille. Les anciens se revoyaient, les jeunes découvraient la vitalité d'un Mouvement que l'on croyait défunt. Manquaient à l'appel, Noël TAMINI qui avait décroché et s'était exilé, mais aussi le Spiridon du Languedoc qui marquait ainsi par son absence son ancrage fédéral. L'aspect festif et convivial l'emporta sur des débats sans véritable résultat concret, sinon une rupture prononcée avec le passé et le souhait de voir se renouveler de telles rencontres. Quel est l'avenir de ce Mouvement Spiridon en tant que structure représentative ? Trouver son positionnement dans une course sur route qui a évolué depuis vingt ans devrait être son objectif qui conditionnera sa pérennité. Les prochaines rencontres apporteront, peut-être, les réponses à ces interrogations.